24 février 2026
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A ceux qui gouvernent sans entendre le peuple.

Il y a des décisions administratives qui se prennent derrière des bureaux climatisés, et il y a des vies humaines qui se brisent loin des regards officiels. 

Ces hommes et ces femmes qui ont bravé le désert du Sahara, affronté la faim, la soif, les violences et les réseaux de traite humaine. Beaucoup ont risqué leur vie en traversant la Méditerranée, cette mer devenue aujourd’hui un cimetière pour tant de migrants africains. Derrière chaque visage se cache une histoire de souffrance, de courage et d’espoir.

Le rapatriement forcé de Guinéens ayant fui vos exactions, l’insécurité et la misère n’est pas une simple mesure diplomatique : c’est un choix moral, politique et historique dont vous portez la responsabilité.

Des milliers de compatriotes ont quitté la Guinée non par caprice, mais par nécessité. Ils sont partis pour sauver leur vie, ils ont fui la peur, l’absence d’opportunités, les violences, la précarité chronique. Ils ont cherché ailleurs ce que leur propre pays n’a pas su leur garantir : la sécurité, la dignité, l’espoir.

Les renvoyer sans que les causes profondes de leur départ soient résolues revient à fermer les yeux sur la réalité. On ne traite pas une crise en déplaçant ses victimes. On ne restaure pas la crédibilité d’un État en contraignant les plus vulnérables à revenir dans les mêmes conditions qui les ont poussés à partir.

Pendant que l’on parle de patriotisme et de sacrifice, le peuple, lui, observe. Il observe les écarts entre les discours et les actes. Il observe l’utilisation des ressources publiques. Il observe les priorités budgétaires.

Comment expliquer à une jeunesse meurtrie sans emploi, à des familles sans accès stable aux soins, à l’électricité, à l’enseignement que des centaines de milliards de francs guinéens 815 milliards courant pour 2025 soient engagés pour offrir des maisons, des véhicules de luxes à des niamakalas dans une logique apparente de consolidation politique. 

Pendant ce temps les urgences sociales demeurent entières. Comment justifier de telles dépenses quand tant de citoyens survivent dans la précarité ?

La question n’est pas seulement financière. Elle est éthique. Elle est symbolique. Elle est politique.

Un dirigeant qui prétend travailler pour la Guinée et les Guinéens doit incarner l’exemplarité, la transparence et le sens du sacrifice. Gouverner, ce n’est pas jouir des privilèges du pouvoir ; c’est accepter d’en porter le poids. C’est réduire les inégalités, pas les creuser. C’est rapprocher l’État de son peuple, pas l’en éloigner.

La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se mérite.

Si vous souhaitez réellement que les Guinéens restent, reviennent et contribuent au développement national, alors commencez par créer les conditions de leur sécurité, de leur emploi et de leur dignité. Investissez dans l’éducation, la santé, les infrastructures, l’entrepreneuriat, la justice indépendante. Lutte contre l’impunité et la corruption avec la même énergie que celle déployée pour organiser des retours forcés.

L’amour d’un pays ne se commande pas. Il naît lorsque l’État protège au lieu de contraindre, lorsqu’il soutient au lieu d’abandonner, lorsqu’il rend des comptes au lieu d’imposer le silence.

L’histoire jugera les choix faits aujourd’hui. Elle retiendra ceux qui auront servi avec intégrité, et elle exposera ceux qui auront confondu pouvoir et privilège.

Il est encore temps d’écouter la colère sourde, la détresse silencieuse et l’espoir fragile du peuple guinéen.

Car gouverner, ce n’est pas seulement administrer.

C’est répondre devant sa conscience et devant son peuple.

AMADOU BARRY LE DEMOCRATE

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