Face à la pénurie de liquidité qui complique les transactions au quotidien, les autorités guinéennes misent désormais sur la monnaie électronique pour alléger la pression et limiter la circulation des espèces. Une solution présentée comme moderne et sécurisée, mais qui, sur le terrain, peine encore à convaincre.
Dans les rues, entre klaxons et agitation, les citoyens tentent de s’adapter tant bien que mal. Conducteur de taxi, Adbourahime Bah observe la situation avec un regard partagé :« L’idée est bonne, mais la réalité est autre. Beaucoup de Guinéens ne savent ni lire ni écrire. Comment vont-ils utiliser ces outils ? Pour le moment, on a surtout besoin de liquidité. Il faut nous laisser le temps de comprendre et de s’habituer », confie-t-il, visiblement préoccupé.
Un peu plus loin, Aboubacar Sylla, également chauffeur, évoque les difficultés concrètes auxquelles il est confronté chaque jour :« Ici, les clients paient souvent de petites sommes. Imaginez quelqu’un qui doit 3 000 ou 5 000 francs, comment il fait un transfert rapidement ? Et même pour retirer de l’argent, c’est compliqué. Parfois, tu ne trouves pas le montant que tu cherches. Ça complique plus la vie qu’autre chose», s’est il inquiété.

Pour Mohamed Bangoura, le problème dépasse la simple question technique. Il pointe du doigt un manque de préparation et de sensibilisation :« Le Guinéen n’est pas habitué à la monnaie électronique. Beaucoup ne savent pas comment ça fonctionne. Et puis, il y a le risque d’arnaques. Si rien n’est fait, certains vont en profiter. Il faut d’abord informer, expliquer, accompagner les gens», a-t-il souligné.
Entre espoir de modernisation et réalités sociales, la transition vers la monnaie électronique soulève donc de nombreuses interrogations. Si elle peut représenter une avancée à long terme, son adoption immédiate semble encore prématurée pour une grande partie de la population.
Fatima Bah