13 mars 2026
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Crise de liquidité en Guinée : quand l’argent existe mais ne circule plus

« Une économie ne s’arrête pas parce qu’il n’y a plus d’argent, elle s’arrête souvent parce que l’argent ne circule plus. »

Depuis plusieurs mois, la République de Guinée fait face à une situation économique préoccupante : une crise de liquidité qui affecte progressivement la vie quotidienne des citoyens et le fonctionnement normal de l’économie. Dans plusieurs villes du pays, les témoignages se multiplient. Des clients peinent à retirer leur argent dans les banques, les distributeurs automatiques sont parfois à sec et certains points de transfert d’argent manquent de liquidités.

Pour beaucoup de Guinéens, la question est simple : où est passé l’argent ?

Pourtant, les économistes expliquent que le problème n’est pas forcément l’absence d’argent dans le pays. Le véritable défi serait plutôt lié à la circulation de l’argent dans l’économie et à la confiance dans le système financier.

Une économie encore dominée par le cash

L’une des caractéristiques de l’économie guinéenne est sa forte dépendance à l’argent liquide. Une grande partie des transactions se fait encore en espèces, notamment dans les marchés, le commerce informel et les activités quotidiennes.

Dans ce contexte, lorsque les liquidités deviennent rares dans les banques ou les points de retrait, l’ensemble du système économique peut rapidement se retrouver sous pression.

Un autre phénomène explique aussi la situation actuelle : la thésaurisation. Autrement dit, de nombreux citoyens préfèrent conserver leur argent chez eux plutôt que dans les banques, souvent par manque de confiance ou par habitude. Cette pratique réduit la quantité d’argent disponible dans les établissements financiers et peut créer des tensions sur les retraits.

À cela s’ajoute un niveau encore relativement faible de bancarisation dans le pays. Beaucoup de Guinéens n’utilisent pas régulièrement les services bancaires ou les moyens de paiement électroniques.

Une crise de confiance autant qu’une crise de liquidité

Au-delà des aspects techniques, la crise actuelle révèle un problème plus profond : la confiance dans le système financier.

Lorsqu’un citoyen a le sentiment qu’il ne pourra pas accéder librement à son argent, il peut être tenté de retirer et de conserver davantage de liquidités. Ce comportement, compréhensible à l’échelle individuelle, peut cependant aggraver la situation collective.

L’histoire économique montre que plusieurs pays ont déjà connu ce type de tension financière. Le Nigéria, par exemple, a récemment traversé une crise similaire liée à la rareté des billets, provoquant des files d’attente devant les banques et un ralentissement des activités économiques.

En Guinée, si la situation n’atteint pas ce niveau critique, elle constitue néanmoins un signal d’alerte pour les autorités économiques et financières.

Les conséquences possibles pour l’économie

Si cette crise de liquidité devait s’installer durablement, ses conséquences pourraient être multiples.

D’abord, elle risque de ralentir certaines activités commerciales, notamment dans les secteurs où les transactions se font principalement en espèces.

Ensuite, elle pourrait accentuer la méfiance envers les banques et encourager davantage la circulation d’argent en dehors du système financier.

Enfin, une économie où l’argent circule difficilement peut voir ralentir l’investissement, la consommation et la croissance.

Autrement dit, une crise de liquidité peut progressivement devenir une crise économique plus large si elle n’est pas correctement maîtrisée.

Quelles pistes pour sortir de la crise ?

Face à cette situation, plusieurs pistes peuvent être envisagées pour rétablir progressivement la confiance et la fluidité du système financier.

La première consiste à renforcer la disponibilité de liquidités dans le circuit bancaire, afin de permettre aux citoyens d’accéder plus facilement à leur argent.

La seconde est d’encourager le développement des paiements électroniques et mobiles, qui permettent de réduire la dépendance excessive au cash.

La troisième piste concerne l’amélioration de la bancarisation, notamment en facilitant l’accès aux services financiers pour les populations rurales et les petites entreprises.

Enfin, il est essentiel de renforcer la transparence et la communication des institutions économiques, afin de rassurer les citoyens et d’éviter les rumeurs qui peuvent amplifier la crise.

Une opportunité de réforme

La crise actuelle doit être prise au sérieux, mais elle peut aussi être l’occasion de réfléchir à la modernisation du système financier guinéen.

Une économie plus diversifiée, mieux bancarisée et moins dépendante de l’argent liquide serait plus résiliente face aux chocs économiques.

Car au fond, la question n’est pas seulement de savoir où est l’argent, mais surtout comment le faire circuler efficacement pour soutenir l’activité économique et le développement du pays.

Mamadou Diouldé SOW

Activiste de la Société Civile Guinéenne

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