Ce n’était pas un discours de circonstance. À l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, célébrée en Guinée, Aboubacar Camara a choisi de parler sans détour.
Devant les représentants des institutions, les patrons de médias et plusieurs générations de journalistes réunis pour l’événement, le président de l’URTELGUI a mis des mots clairs sur un malaise bien connu dans les rédactions.
Plutôt qu’un simple hommage à la profession, son intervention s’est transformée en plaidoyer structuré autour de trois urgences.
D’abord, la question des conditions de travail. Aboubacar Camara a évoqué des rédactions à l’étroit, dispersées, parfois inadaptées aux exigences du métier. « Nous avons besoin d’un lieu qui nous rassemble et qui nous élève », a-t-il lancé en substance, appelant à la construction d’une véritable Maison de la presse sur le plateau de Koloma.
Un espace qu’il imagine à la fois comme centre de formation, cadre de travail moderne et point de rencontre entre médias et institutions. Pour lui, intégrer ce projet dans le programme Simandou 2040 serait un signal fort.
Ensuite, le nerf de la guerre : les moyens financiers. Le président de l’URTELGUI reconnaît l’existence d’une aide publique, mais juge son niveau déconnecté des réalités du terrain. Derrière les chiffres, c’est la précarité des professionnels qu’il pointe du doigt.
« Une presse qui peine à survivre devient fragile », a-t-il prévenu, insistant sur la nécessité d’un mécanisme de soutien plus ambitieux et surtout mieux encadré, afin de préserver l’indépendance éditoriale.
Enfin, il a recentré le débat sur les médias publics, souvent relégués au second plan.
Pourtant, rappelle-t-il, ce sont eux qui couvrent l’ensemble du territoire, parfois dans des conditions difficiles. Radios rurales, télévision nationale, presse écrite d’État : pour Aboubacar Camara, ces structures doivent être renforcées si l’on veut garantir une information fiable face à la montée de la désinformation.
Il appelle ainsi à une modernisation en profondeur, accompagnée d’un statut plus adapté pour leurs journalistes.
Au fil de son intervention, le ton est resté mesuré, mais le message, lui, ne laisse guère de place à l’ambiguïté : sans réformes concrètes, la liberté de la presse risque de rester un principe plus qu’une réalité vécue au quotidien.
Fatima Bah


