Par-delà les discours officiels et les mises en scène d’un processus prétendument démocratique, il faut oser nommer les choses telles qu’elles sont : le référendum constitutionnel en cours en Guinée n’est ni un moment de souveraineté populaire, ni une étape vers une véritable démocratie.
C’est une manœuvre politique, habillée des apparats de la légalité, mais fondamentalement vide de légitimité.
Ce que l’on veut nous faire passer pour une consultation populaire n’est en réalité qu’un stratagème de légitimation, destiné à prolonger le pouvoir du Général Mamadi Doumbouya sous une nouvelle forme.
Ce projet de Constitution, loin d’être le fruit d’un dialogue national sincère, est imposé unilatéralement, dans un climat où le débat est interdit, les oppositions réduites au silence, et la peur érigée en méthode de gouvernement.
Dans une démocratie véritable, la société civile joue un rôle de contrepoids, de vigie citoyenne, de force de proposition.
En Guinée, la société civile authentique est marginalisée, harcelée, réduite au silence.

Quant à l’opposition politique, elle a été systématiquement neutralisée : plus de 50 partis dissous, sans procédure équitable ni justification sérieuse, comme pour balayer toute possibilité d’alternative.
Ce n’est plus simplement une restriction : c’est l’effacement méthodique du pluralisme.
Le pays est en train de glisser vers une forme de monopole narratif, où seule la parole du pouvoir est tolérée, où toute voix discordante est assimilée à un danger public.
Comment peut-on parler de référendum, lorsque l’espace public est verrouillé, que les médias sont sous contrôle, que les commissions électorales manquent d’indépendance, et que les militants qui osent critiquer la trajectoire actuelle sont arrêtés, harcelés, ou portés disparus ?
Dans de telles conditions, le peuple ne vote pas plutôt il obéit.
Le silence qui règne n’est pas le signe d’un consentement, mais la conséquence directe d’un climat de peur soigneusement entretenu.
La démocratie ne se décrète pas, elle se construit
Il ne suffit pas d’organiser un scrutin pour parler de démocratie.
La démocratie, la vraie, exige le respect des libertés fondamentales, l’inclusion de toutes les forces politiques, la possibilité du débat, et la transparence des processus.
Ce référendum, dans son essence même, trahit ces principes.
C’est pourquoi il est impératif d’alerter les Guinéens d’abord, pour qu’ils ne cèdent pas à la résignation.
Mais aussi la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains, et les partenaires de la Guinée, qui doivent regarder au-delà du vernis institutionnel pour voir la réalité : une dérive autoritaire en marche, dissimulée derrière un texte constitutionnel.
L’avenir de la Guinée ne peut reposer sur la répression et la confiscation de la parole.
Il doit s’écrire avec toutes ses forces vives, dans la vérité, le courage et le respect du peuple.
Le pouvoir peut imposer le silence, mais il ne pourra jamais éteindre durablement la soif de justice, de liberté et de démocratie. ( Oumar Sadio Diallo acteur de la société civile)