Bantignel Blog Actualités NOUS VOULONS LA LIBERTÉ DANS LA PAUVRETÉ PLUTÔT QUE L’OPULENCE DANS L’ESCLAVAGE. QUEL PARADOXE !
Actualités Politique SOCIETÉ

NOUS VOULONS LA LIBERTÉ DANS LA PAUVRETÉ PLUTÔT QUE L’OPULENCE DANS L’ESCLAVAGE. QUEL PARADOXE !

L’affirmation d’Ahmed Sékou Touré en 1958, « Nous voulons la liberté dans la pauvreté plutôt que l’opulence dans l’esclavage », soulève un paradoxe profond. La liberté est souvent perçue comme l’accès à la possibilité de choisir, de s’épanouir et de vivre dignement, ce qui suppose un certain niveau de bien-être matériel. Toutefois, dans une situation de pauvreté, ces possibilités sont largement limitées. Ainsi, l’idée de concilier « liberté » et « pauvreté » semble en contradiction avec la réalité socio-économique.

Le paradoxe de la liberté dans la pauvreté

Être libre dans la pauvreté, c’est se retrouver dans une situation où l’indépendance est proclamée, mais où les conditions de vie demeurent si difficiles que l’idée même de liberté paraît abstraite. Les besoins primaires, tels que se nourrir, se loger ou se soigner, ne sont pas satisfaits. Prenons par exemple le domaine de la santé : il peut exister des préfectures entières sans ambulance ou avec une seule ambulance pour transporter les malades vers les hôpitaux. En termes de sécurité, certaines régions n’ont même pas de véhicule de pompiers, ou lorsqu’il en existe un, il est souvent hors service. En cas d’incendie, les habitants doivent se contenter de seaux d’eau pour éteindre le feu, une méthode précaire et peu efficace, avec des résultats souvent décevants.

Par conséquent, la pauvreté devient une autre forme de dépendance, forçant les individus à se concentrer sur leur survie plutôt que sur une véritable quête de liberté. Il s’agit là d’une nouvelle forme de « captivité », non plus politique, mais économique.

Il est donc difficile de prétendre à une pleine liberté lorsqu’on ne possède pas les moyens de subvenir à ses besoins fondamentaux. Ce paradoxe souligne que la liberté politique acquise en 1958 n’a pas entraîné une émancipation économique réelle. La quête de liberté proclamée a été éclipsée par une pauvreté persistante.

La célébration de l’indépendance par les plus pauvres

Un autre paradoxe réside dans l’enthousiasme des plus pauvres à célébrer l’indépendance. Chaque année, les commémorations de la rupture avec la France sont l’occasion de célébrer cet événement historique. Pourtant, ce sont souvent ceux qui vivent dans la précarité qui manifestent le plus d’enthousiasme pour ces festivités. Cela pose une question légitime : pourquoi les plus démunis se réjouissent-ils d’une indépendance qui, après 67 ans, leur a apporté si peu de bénéfices concrets ?

On peut y voir une forme de fierté nationale profondément ancrée, mais aussi un manque de prise de conscience des réalités économiques. L’indépendance, malgré ses échecs en matière de développement, est perçue comme le moment où la dignité nationale a été affirmée face à la colonisation. Cependant, cette fierté pourrait bien masquer la frustration d’une liberté inachevée.

Les migrations vers les anciens pays colonisés

Un autre aspect contradictoire de cette situation est la migration massive de Guinéens vers des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal, qui, eux, avaient choisi de maintenir un lien avec la France lors du référendum de 1958. Ce choix semble indiquer que ces nations, en acceptant un compromis avec l’ancien colonisateur, ont mieux réussi à se développer économiquement et socialement. Pendant ce temps, la Guinée, fière de son rejet de la colonisation, n’a pas su offrir les mêmes opportunités à sa population.

Ces migrations illustrent une réalité amère : malgré l’indépendance, des milliers de Guinéens cherchent à s’épanouir ailleurs, dans des pays qui ont maintenu des liens avec la France. Cela montre que la liberté politique seule ne garantit pas le bien-être économique. La fierté d’avoir été le premier pays à dire « non » à la France en 1958 s’estompe devant le constat que de nombreux Guinéens doivent encore chercher un avenir meilleur au-delà des frontières.

Conclusion

Le paradoxe soulevé par la déclaration de Sékou Touré en 1958 réside dans la contradiction entre une liberté politique conquise et une oppression économique persistante. Certes, l’indépendance a permis à la Guinée de se libérer du joug colonial, mais cette liberté reste incomplète en raison de la pauvreté omniprésente. 

En définitive, être libre dans la pauvreté est une situation intenable, car la pauvreté crée de nouvelles formes de dépendance et de privation, rendant toute véritable liberté illusoire.

Oustaz Abdoul Aziz Alkoundary

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Quitter la version mobile