Au Tribunal de première instance de Siguiri, l’audience de ce jeudi 9 avril 2026 a pris une tournure particulière. Loin des simples faits judiciaires, c’est une histoire humaine, marquée par la précarité et les choix désespérés, qui s’est invitée à la barre.
Jeanette Koumba N’Gegba et Aminata Mansarey, deux ressortissantes sierra-léonaises en détention depuis 2024 pour détention illicite de drogue, ont comparu devant le juge. Sans détour, elles ont reconnu les faits. Mais au-delà des aveux, leurs paroles ont dessiné le parcours fragile de deux femmes rattrapées par une réalité plus dure que leurs espoirs.
D’une voix parfois tremblante, Aminata Mansarey a raconté le point de départ de leur aventure. Une scène presque banale, dans un restaurant à Freetown, qui va pourtant bouleverser leur vie.
« Un jeune homme s’est approché de nous avec un sac. Il nous a proposé une marchandise… il a dit que c’était de la drogue », a-t-elle confié.
Ce moment, présenté comme une simple opportunité, s’est peu à peu transformé en engrenage. Encouragées par une connaissance et attirées par la promesse de gains rapides, les deux femmes disent avoir voulu tenter leur chance, avec en ligne de mire un commerce à lancer et une vie à reconstruire.

Chacune investit alors dans l’achat de cinq plaquettes de cocaïne. Un pari risqué, nourri par l’espoir de jours meilleurs. Leur trajet les conduit de Freetown à Conakry, avec une escale à Pamalap. Mais la route s’arrête brutalement à Kourémalé.
Dans une tentative de contourner un poste de contrôle, elles empruntent des taxis-motos. Un choix de dernière minute qui leur sera fatal.
« On voulait éviter le contrôle… mais un agent nous a interpellées. Lors de la fouille, tout a été découvert », a expliqué Aminata, le regard baissé.
Derrière les faits, les mots deviennent plus lourds. Aminata évoque une vie marquée par les responsabilités : veuve, orpheline, mère inquiète, soutien de famille.
« Je voulais juste m’occuper des miens… depuis notre arrestation, je n’ai aucune nouvelle de mes enfants », lâche-t-elle.
À ses côtés, Jeanette Koumba N’Gegba raconte une solitude similaire. Abandonnée par son mari, mère de deux enfants, elle dit avoir agi par nécessité plus que par choix.
« Je cherchais une solution pour survivre… », murmure-t-elle, avant de demander pardon à la justice.
Dans la salle d’audience, le silence en dit long. Entre culpabilité reconnue et détresse assumée, le dossier dépasse le simple cadre pénal pour poser, en filigrane, la question des réalités sociales qui poussent parfois vers l’illégalité.
L’affaire a été renvoyée au lundi 13 avril 2026. D’ici là, deux femmes attendent, entre espoir de clémence et incertitude, que la justice tranche leur sort.
Fatima Bah